Durée : un jour ou plus
Coût émotionnel : ❤️
Coût matériel : 💰💰
Pour vivre cette aventure existentielle, réveillez-vous aux aurores. Munissez-vous de votre carte bleue et d’une somme d’argent liquide conséquente. Habillez-vous de manière précautionneuse pour la saison. Dans un sac à dos, placez une bouteille d’eau, un peu de nourriture. Ne prenez ni ordinateur, ni téléphone portable, ni tablettes, ni GPS — aucun instrument de communication. Ne prenez avec vous rien qui se rapporte à votre travail. Vous êtes encouragé, en revanche, à vous munir d’un livre, à condition que ce livre ne vous plonge pas dans un univers de fiction propre à l’évasion, mais incite à l’introspection.
Puis, rendez-vous dans la gare la plus proche de votre domicile, et prenez le premier train en partance, quelle qu’en soit la destination, jusqu’au terminus. Les seules contraintes à prendre en compte : ce train doit mener à une ville que vous ne connaissez pas ou peu, et dans laquelle vous n’avez rien de particulier à faire, et personne de spécial à voir (si le premier train en partance vous mène à votre lieu de travail, prenez le suivant).
Le voyage inattendu consiste à passer une journée dans cette ville arbitraire dans laquelle le train pris au hasard vous aura conduit. Vos activités dans cette ville ne regardent que vous ; elles seront bien entendu guidées par les spécificités de l’endroit où vous vous trouvez, les contingences météorologiques, et vos goûts personnels. Les distractions sont autorisées : vous pouvez parfaitement vous rendre dans un musée, au cinéma, au restaurant ; visiter la ville au gré de vos envies, lier connaissance avec des inconnus rencontrés sur place. Le principe de ce jeu repose sur l’idée suivante : une journée tout seul, démuni de tout moyen de communication, sans travail et sans but, c’est très long. Vous allez donc vous ennuyer.
Vous aurez peut-être eu l’idée de vous munir d’un cahier et d’un stylo. Notez alors tout ce qui, dans cette journée absurde, frappe votre attention. Consignez vos sentiments, vos émotions, vos pensées, la qualité spécifique de votre ennui. Puis, le soir venu, prenez le train du retour et regagnez votre domicile. L’aventurier existentiel qui dispose de temps, d’argent, et du désir d’aller plus loin, pourra continuer le voyage inattendu, soit en demeurant un ou deux jours de plus dans un hôtel de la ville arbitraire (trois jours sont un maximum : au-delà, la ville ne serait plus arbitraire : vous y prendriez des habitudes, ce qui n’est pas le but souhaité), soit — plus joueur — en se rendant, après une nuit d’hôtel, dans la gare de la ville où il se trouve pour rejouer le jeu à nouveau et gagner une nouvelle localité arbitraire. Si vos moyens vous le permettent, rien ne vous empêche alors de continuer, de saut de puce en saut de puce, cette aventure jusqu’à la fin de votre vie. D’aucuns diront qu’il y a de meilleures manières de vivre. Nul doute, toutefois : il y en a de pires.