Durée : une semaine
Coût émotionnel : ❤️❤️
Coût matériel : 💰💰
Pour vivre cette aventure existentielle, vivez, pendant une semaine, tous les jours la même journée. Exactement la même journée. Levez-vous tous les jours à la même heure ; mangez les mêmes plats aux mêmes moments ; faites la même promenade, nagez, courez, sautez la même distance ; écoutez les mêmes morceaux de musique, lisez les mêmes passages des mêmes romans, voyez les mêmes extraits des mêmes films. Couchez-vous à la même heure.
Si le premier jour de la semaine vous prenez un verre avec une connaissance de dix-huit heure à vingt heure, vous devrez vous astreindre à voir cette personne de dix-huit heure à vingt heure tous les jours de la semaine, et dans le même café — sans nécessairement avoir exactement la même conversation, ce qui nécessiterait que votre connaissance soit en train de vivre en même temps que vous la semaine routinière. Faite aussi preuve de discernement dans le choix des activités du premier jour afin d’éviter de faire à sept reprises des choses qui vous irriteraient (déjeuner avec vos collègues les plus ennuyeux), vous déprimeraient (relire l’intégralité des textos échangés avec votre ex), où vous ruineraient (dîner dans un trois étoiles).
Vous pouvez pousser l’aventure jusqu’à vous couper de toute information, journaux, radio et télévision faisant profession d’être sources constantes de nouveauté, mais vous pouvez aussi décider (en écoutant par exemple tous les jours à la même heure les informations du jour) d’en affronter les variations au fond si répétitives, pour peu que vous ayez la chance de ne pas vivre cette aventure la semaine du déclenchement d’une guerre mondiale.
A l’inverse de Phil Connors dans Un jour sans fin, condamné à être le seul élément libre de changer dans une journée infiniment répétée, vous deviendrez la seule chose se répétant dans un monde en perpétuel mouvement. S’il est envisageable que vous parveniez à un certain contrôle de votre propre emploi du temps, il est des éléments que vous ne pourrez maîtriser : éléments extérieurs — la météo, la réaction des autres gens, les contraintes professionnelles – mais aussi éléments intérieurs — vos propres états d’âme. Quels que soient les mets constituant votre dîner, ils vous sembleront sans doute un peu fades le dernier jour de votre aventure, quand vous les consommerez pour la septième fois en une semaine. Votre jogging matinal vous semblera tous les jours un peu plus facile, tandis que les passages de roman tantôt s’éclairciront, tantôt s’obscurciront au gré de leurs relectures successives.
Peut-être (et c’est même l’issue la plus probable) ne tirerez-vous de cette aventure qu’un ennui distillé jusqu’à la pureté. Mais peut-être aussi, profitant de cette mise au pas du rythme effréné de votre vie pour découvrir quelque vérité cachée sur le monde ou sur vous-même, finirez-vous par conclure, à l’inverse de Tancredi Falconeri dans Le Guépard, qu’il faut que rien ne change pour que tout change.