19. Vis ma vie

Durée : deux semaines
Coût émotionnel : ❤️❤️❤️
Coût matériel : 💰

Pour vivre cette aventure existentielle, choisissez cinq personnes de votre entourage dont il vous semble évident que vous ne les comprenez pas ; dont il saute aux yeux qu’elles ne sont pas comme vous. Pensez par exemple à des collègues que vous méprisez, à des cousins qui vous ennuient, à des voisins qui vous indiffèrent. Les aventuriers débutants éviteront toutefois de choisir des gens qu’ils haïssent complètement, car cela rendrait l’aventure considérablement plus difficile. Mettez les noms de ces personnes sur des bouts de papiers, mélangez les papiers puis tirez au sort un nom.

L’aventure existentielle est alors la suivante : pendant deux semaines, vous devrez vous efforcer, autant que possible, d’adopter les valeurs, les goûts, les instincts, les opinions de cette personne arbitraire. Vous avez tiré le nom de votre cousin qui aime le foot et les belles bagnoles ? Achetez Auto-magazine et suivez les matchs du PSG. Vous êtes tombé sur votre voisine, celle qui écoute du métal et n’aime que la cuisine asiatique ? Mettez-vous à Rammstein et au kimchi. Le sort vous a attribué votre collègue de la compta, celui qui est un peu mesquin, un peu raciste, et ragote à la machine à café ? Vous savez ce qu’il vous reste à faire.

Vis ma vie crée un risque certain de brouille avec l’entourage ; vos proches seront peut-être étonnés de vous voir professer une passion soudaine pour Neymar, Marine Le Pen ou le grindcore. Vous devrez pourtant, autant que possible, maintenir vos opinions, avec l’apparence de la plus grande sincérité. Ce n’est qu’à l’issue des deux semaines que doit durer l’aventure existentielle que vous aurez le droit de leur confier la vérité : tout cela n’était qu’un jeu ! Vous pourrez alors revenir à votre comportement habituel. Vis ma vie sera pourtant d’autant plus réussi que vous serez parvenu à intégrer, dans l’ensemble de vos goûts réels et désormais permanents, quelques emprunts faits au cousin, au voisin, au collègue autrefois dédaigné. Vous réaliserez alors peut-être que cette aventure existentielle n’a été qu’une façon d’effectuer délibérément ce que vous n’avez cessé de faire inconsciemment depuis l’enfance : emprunter petit à petit, morceau par morceau, des traits, des goûts, des pensées, des habitudes à votre entourage, jusqu’à vous constituer cette garde-robe mentale, virtuelle et disparate, que l’on nomme ordinairement une personnalité. Celle que vous obtiendrez à la suite de l’aventure existentielle ne sera bien sûr ni plus, ni moins authentique que la précédente – mais rien n’empêche d’espérer qu’elle sera un petit plus peu originale.